Un jeune procureur de Nevers, Jean CHAZAL DE MAURIAC, réfractaire aux lois de Vichy, est appelé auprès d’Henri SELLIER, Ministre de la Santé, pour examiner la situation de « l’enfance inadaptée », toujours régie par la loi de 1912.

II est nommé chargé de mission pour « l’enfance déficiente et en danger moral ». Ces adolescents, communément appelés «J3 », en référence à leur catégorie de  rationnement alimentaire (13 à 21 ans), seront régis par les ordonnances des 2 février et 1 septembre 1945 dont les textes avaient déjà été préparés dès 1941-1942. Entretemps, le sort des adolescents délinquants avait été transféré du Ministère de la santé à celui de la Justice, avec les notions de « sauvetage de l’enfance » et de « liberté surveillée ». Devenu un des premiers juge des enfants, Jean CHAZAL de MAURIAC, fut également l’un des co-rédacteurs, aux côtés de M. CAMPINCHI, et des membres du conseil technique, présidé par le professeur HEUYER, des ordonnances de 1945. Déjà en 1912, la loi préconisait qu’il convenait de « juger, non l’acte, mais celui qui l’a commis ». Les rédacteurs de l’ordonnance de 1945, introduisirent la prééminence de « l’éducatif sur le répressif ».

Louis et Marie-Magdeleine REVON, s’étaient fortement impliqués dans la vie sociale dès 1934. Ce jeune ingénieur en chef de la SNCF et son épouse, qui sera mère de six enfants, avaient fondé des cercles et centres familiaux de jeunes, à vocation éducative et professionnelle. (Cours du soir, préparation aux CAP, école de mécanique, étude surveillée pour les écoliers, Ecole ménagère etc.), implantés à Paris, dans les 17ème et 18ème  arrondissements. En 1940, Madame REVON, secrétaire générale des Centres familiaux de jeunes, ajoute aux activités destinées aux jeunes, des activités qu’impose la situation : garderie d’enfants, aide aux mères seules, création d’un service social, secours aux femmes de prisonniers, jardins d’enfants.

En 1941, aux cinq « CFDJ » existants, elle en ajoute deux autres, l’un à Montfort-L’amaury, l’autre à Garancières, tous deux en Seine-et-Oise, le centre de Garancières abritant des enfants Israélites.
En 1943, pour éviter tout risque de déportation des jeunes gens aptes au Service du travail obligatoire (STO), les centres professionnels sont fermés. Seul fonctionnera, encore, en semi-clandestinité le centre de Garancières.
En 1944, Madame REVON reprend son activité de secrétaire générale des CFDJ et fusionne avec les associations « l’enfance au grand air » et « l’œuvre de Béthanie ». Une colonie d’enfants permanente est créée à VITRY-SUR-SEINE (Val-de-Marne). En 1945, la colonie permanente est fermée. Madame REVON rencontre Jean CHAZAL de MAURIAC et ensemble ils conçoivent le projet d’un centre familial de jeunes adolescents, qui ouvrira en 1950 à Vitry.







 

Ce centre familial de jeunes a pour vocation de recevoir des adolescents de 13 à 21 ans, en difficulté familiale, scolaire, sociale ou psychologique, et relevant des tribunaux pour enfants, dont Jean CHAZAL est l’un des magistrats prééminent. 

Le premier Directeur nommé par le conseil d’administration est un fonctionnaire diplômé, ayant dirigé des établissements de « redressement ». La vocation du Centre familial ayant un autre caractère, il n’a pas été maintenu à ce poste. C’est Jean UGHETTO, élève de la première école d’éducateurs de Montesson qui reprendra cette fonction en 1951.


Le premier éducateur est un jeune homme de 25 ans, Joseph FINDER, qui prendra ses fonctions dès l’ouverture du « foyer », en 1950, pour ne le quitter qu’à sa fermeture, en 1983, comme Directeur, poste auquel il avait été nommé au départ de Jean UGHETTO en 1958. Puis l’équipe se forma autour d’eux, avec l’arrivée de Marie-Thérèse ROMAN (qui deviendra, par la suite Madame UGHETTO) et Madame MARION, future Madame ROBERTY, économe, qui exerçait déjà dans la colonie de « l’Enfance au grand air », puis les premiers pensionnaires...


A la fermeture du CFDJ de Vitry, en 1983, un nouveau CFDJ mixte, fut créé en 1984, au Plessis-Trévise (Val de Marne), administré par « Les AMIS du CENTRE FAMILIAL de JEUNES et de Marie-Magdeleine REVON » (ACFDJ). Association Loi du 1°’ juillet 1901, créée à cette occasion. Ce centre ferma peu de temps après le départ à la retraite de J.FINDER qui le dirigeait, en 1992.
Dans les deux cas l’aspect « familial » était perceptible dès le premier regard sur le site:
Loin des ensembles administratifs austères, propres aux internats, «maisons de correction » de l’époque, le visiteur était frappé par l’aspect « privé » de n’importe quelle propriété familiale. Pour Vitry, il s’agissait de deux petits pavillons et un petit bâtiment à deux étages, sur 2000m2 de terrain, jouxtant des pépinières. Pour le Plessis-Trévise, en zone semi- urbaine, un pavillon du 19 ème siècle, à deux étages, sur 3000m2. A noter que les portes n’étaient jamais fermées, de jour comme de nuit.

Conscients que les déviances qui amenaient les adolescents à la délinquance, trouvaient leur origine dans des carences éducationnelles, affectives ou familiales qui relevaient plus de l’éducation que de la sanction, le conseil d’administration et l’équipe éducative, donnèrent la priorité à cet aspect de leur intervention. Un médecin-psychiatre spécialiste des troubles de l’adolescent fut attaché à l’établissement. Le Professeur Hubert FLAVIGNY, Neuropsychiatre, chef de service à l’hôpital de la Pitié Salpêtrière, fut le premier. Dans un premier temps, il s’attacha à la formation des éducateurs et développa la notion de «guidance ». Tout naturellement, cette fonction revint à Joe FINDER, en raison de son expérience antérieure, au contact de jeunes en milieu fermé (internat). De son côté, Jean UGHETTO, le Directeur, offrit son expérience de sociologue acquise auprès du Professeur J. MORENO (1892-1974), à l’université de New-York, dans les années 50. Notamment par l’utilisation de la dynamique de groupe, la sociométrie et le jeu sociodramatique adapté pour une utilisation auprès des jeunes.

 

 

Le Professeur FLAVIGNY et Joe FINDER développèrent la psychothérapie:
Le rêve éveillé du Professeur DESOILLES, qui avait été reçu à Vitry et qui en avait permis une adaptation pour les adolescents et la relaxation dirigée (dérivée du training autogène de Schulz).
De plus, pour répondre au besoin latent des adolescents, d’une réalisation personnelle et pour atténuer les inhibitions ou phobies propres à cet âge de la vie, des techniques d’expression étaient mises en place: Photo, expression corporelle, théâtre-cabaret, musique, photodrame et vidéodrame (en réponse à la dysmorphophobie des adolescents). Toutes ces activités d’apparence ludique, étaient en fait contrôlées et les progrès évalués. En 1959, Le Professeur FLAVIGNY, ayant fondé le Centre de Pédopsychiatrie de la cité universitaire de Paris, recommanda pour le remplacer, le Docteur Stanislaw TOMKIEWICZ, Neuropsychiatre confirmé, exerçant dans son service, à la Pitié-Salpêtrière. Ce changement se fît sans difficulté, Joe FINDER et S. TOMKIEWICZ, ayant eu dès le début de leur collaboration une identité de vue quasi fusionnelle. Cette collaboration allait durer plus de trente ans. L’équipe médico-psychiatrique se renforça par l’arrivée du Docteur Bernard ZEILLER, psychiatre, qui devait assister S. TOMKIEWICZ non seulement pour les adolescents du CFDJ, mais aussi à l’université de Paris VIII de Vincennes où S. TOMKIEWICZ enseignait .

 Le Docteur B. ZEILLER a également assuré la présidence de notre association de sa création en 1983, jusqu’à son décès prématuré en 1996. Après cette perte très sensible, pour notre association, la présidence a été assurée, par des personnalités élues.

Le Docteur S. TOMKIEWICZ est resté fidèle jusqu’au bout à son engagement auprès des centres familiaux de jeunes et ce, malgré ses postes d’adjoint du Professeur HOUDART, Chef du service neurologie de l’hôpital Lariboisière, d’enseignant à l’université de Paris VIII, de Directeur de recherche à l’unité 69 de l’Inserm à Montrouge et des multiples sollicitations dans le monde entier, où il a donné des conférences très remarquées. Le Docteur Stanislaw TOMKIEWICZ nous a quittés le 5 janvier 2003, soulevant l’émotion de toute la profession et nous laissant un héritage spirituel, philosophique et affectif inestimable.


De 1950 à 1992, les centres familiaux de jeunes ont reçu et aidé plus de 400 adolescents en difficulté morale, prédélinquants ou délinquants, ou en souffrance affective. Beaucoup, devenus adultes, ont fondé une famille et sont revenus rendre visite à leur foyer, parfois avec leurs enfants. Beaucoup depuis la fermeture des deux sites, restent en contact avec I’ACFDJ et certains y sont actifs. Mais outre leur mission première d’aide aux adolescents, les centres familiaux de jeunes sont devenus de véritables références en matière de psychopédagogie, en raison des méthodes originales qui y étaient utilisées et de la personnalité charismatique de Stanislaw TOMKIEWICZ. C’est ainsi que des dizaines de jeunes élèves-éducateurs et d’étudiants en médecine psychiatrique et en psychologie, ont pu effectuer des stages validants pour leurs études et certains ont consacré leur thèse de fin d’étude aux méthodes utilisées par Joe FINDER et son équipe psychopédagogique.



Joe Finder

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