"Il n' y a qu'une seule supériorité: celle du coeur !"

L.V. Beethoven

Les CFDJ de Vitry sur Seine et du Plessis-Trévise n’auraient pas existé sans Joe Finder. 


Si celui-ci,  cherche continuellement à s’effacer devant ses “compagnons de route”, qui ont construit avec lui cette expérience éducative singulière, il en demeure l’artisan essentiel et représente à lui seul “l’âme de ces foyers”, comme en témoignent, aujourd’hui encore, nombre d’ “anciens” qui y ont séjourné.


Dans les articles ci-contre, il livre son regard particulier sur l’histoire d’un de ces foyers, la naissance d’un premier établissement au sortir de la guerre, les trop faibles ressources matérielles, la détermination d’hommes qui avaient tout à construire ou réinventer pour faire face à des adolescents en grande difficulté. L’approche historique qu’il propose ici nous semble déterminante pour comprendre les ressorts de cette “épopée” éducative et comment ces artisans du premier jour ont pu développer ce savoir-faire.


Joe animant un sociodrame



Avril 2009. Jany SAMSOM, amie de TOMKIEWICZ, qui prépare un master en Sciences Humaines, vient de réaliser une interview de Joe Finder. (Extraits)


Acceptes-tu, en quelques mots de nous dire qui tu es ?


Dire en quelques phrases, « ce que je crois être », dépasse largement mes facultés intellectuelles. Trop bavard, je ne sais guère causer à l’emporte-pièce.

Depuis la disparition de Tom et la fermeture de l’U 69 de l’INSERM, on me demande, encore trop souvent à mon goût, de  venir me joindre aux rencontres pédago-touristiques  pour commenter certains films ou vidéos des CFDJ de Vitry et du Plessis-Trévise, voire d’évoquer mes redoutables activités psychothérapeutiques. 

Je refuse d’animer ce genre de spectacles avec la même fermeté, à cause, en premier lieu, de l’absence de toute motivation de ma part pour me mettre en valeur de cette manière primaire. Pire encore,  de « faire plaisir, » en échange de quelques larmes de crocodile, versées par des spectateurs  souvent hypocritement bienveillants.


Comment est née chez toi l’envie de devenir éducateur ?


Sans doute à cause ma chance d’avoir pu échapper, à plusieurs reprises, à une mort précoce, y compris lors, encore adolescent, de ma participation aux combats dans les rangs des F.F.I., puis des armées de libération de la France.

D’après mes maîtres et amis psychiatres, il devait y avoir dans mon cas, bien plus de sentiments de culpabilité inconsciente, si fréquents chez les survivants du désastre mondial, que d’éventuelles tendances de pédophilie sublimée.

J’avais bien essayé de résister à la pression amicale du grand juge Jean Chazal, pour échapper à cette dévorante profession, avant d’abandonner, non sans regret, ma modeste carrière d’enseignant peu diplômé. Le magistrat, en voulant me convaincre de venir grossir les rangs des éducateurs pionniers, ne me cacha pourtant aucune des difficultés du travail d’éducateur d’adolescents placés par un juge pour enfants..

En résumé : hypertrophie affective, peut-être désir d’éviter aux bipèdes en herbe à la dérive, ce que la guerre m’avait fait subir pendant mon enfance.

J’avais donc commencé « ma carrière pédagogique » par un modeste emploi de professeur dans un collège, jusqu’au jour où le grand juge Jean Chazal, créateur des Foyers de semi-liberté pour les adolescents exceptionnels (comme disent les bons Canadiens), a fini par me convaincre, (après l’une de ses conférences) qu’il était de mon devoir, d’abandonner l’enseignement de l’allemand et de l’anglais et d’apporter toute ma participation à la création de cet établissement pilote déjà tant contesté par les responsables sociaux inquiets de l’époque.



Que penses-tu de cette citation de Paolo Freire : 

« Je voulais une éducation du je m’émerveille et non pas du je fabrique » ?


C’est une belle phrase poétique surtout valable pour éduquer les jeunes de parents qui aiment leur progéniture et, qui s’aiment de manière durable. Pas facile de « fabriquer » une éducation qui émerveille réellement la majorité les éduqués.

Dans mes premières années au service des adolescents en  grande difficulté et de ce fait parfois insupportables, rares furent les moments « d’éducation qui émerveille ».

En éduquant la marmaille qui m’était confiée et qui souvent voulait bien me confier toute sa confiance, il me fallait supporter plutôt des moments douloureux, en les aidant à mieux surmonter les moments d’angoisse,  comme en prenant conscience de mes propres maladresses, voire de mes erreurs et colères, dues parfois aux réactions de prestance du jeune mâle humain que j’étais.

Certes, j’ai fini par faire  des progrès, en me montrant, en même temps aussi indulgent que possible  face aux collègues néophytes encore  plus maladroits que moi, en les défendant même face aux justes accusations des adolescents, au cours de nos « Conseils de Maison ». Je  répétais alors l’une des phrases que j’avais inventé pour notre « brochure maison » la PSE (Publicité » Socio-Educative ) :« Le fier Taureau ne doit pas oublier qu’il avait été, lui aussi, un jeune veau maladroit. »

Il me semble important de souligner que mon sur-moi un peu rigide, ne m’accordait pour mes interventions éducatives tout au plus un maximum de 5% de joie personnelle et 95% pour le gosse qui m’accorde sa confiance. 


De 1950 à 1983, tu as été éducateur, puis directeur Directeur du CFDJ de Vitry, l’un des premiers foyers en semi-liberté, en France, d’après la Loi de 1945, pour accueillir des jeunes délinquants. Si tu avais à recommencer aujourd’hui, qu’est-ce que tu changerais ?


Bien sûr, des changements s’imposeraient. Les temps et les misères évoluent. Dans mes débuts, il fallait savoir tout faire avec presque rien. De nos jours, la majorité des travailleurs sociaux ont tout, mais n’en font presque rien.

Interroge donc les gamins et gamines qui, depuis quelques années sortent des ruches éducatives pour t’en convaincre. Pas mal d’entre eux m’ont confié : le plus souvent nos « éducs » avaient l’air d’avoir encore plus de problèmes que nous.

J’assume  donc mon avis très  personnel : un bon éducateur, digne de cette appellation prétentieuse, doit avoir un nombre important de cordes à son arc, artistiques, littéraires, informatiques, sportives, musicales ou que sais-je encore. Il doit d’emblée posséder de quoi partager.

En plus, il paraît important de ne pas négliger l’un des célèbres ouvrages de Bettelheim :  Love is not enough. (Il ne suffit pas d’aimer). Là encore,  j’ajoute un complément findérien : il ne suffit pas d’aimer, certes,  mais il faut aimer d’abord.

Trop d’éducateurs de nos jours semblent dépourvus d’attirance affective pour les adolescents contestataires. Ils en redoutent par trop leurs passages à l’acte. Comment parvenir à être efficace sur le plan éducatif avec des jeunes sujets qu’on n’aime pas et dont le comportement déroutant fait peur ?

L’inefficacité des équipes éducatives actuelles, de plus en plus, font replonger  nos responsables politiques et sociaux  dans une répression d’un autre âge.

Toute tentative d’éducation basée sur la répression est un leurre.




Comment est né le projet du foyer de Vitry ?


Une Association 1901 qui cherchait à se rendre utile en soutenant des formules nouvelles, aux idées particulièrement  audacieuses, humanistes. Elle était présidée par une personnalité  enthousiasmée par les projets de Jean Chazal.

Sans doute faudrait-il prendre connaissance de nos nombreuses publications, y compris dans les revues universitaires, pour en entrevoir les détails significatifs du projet de Jean Chazal et des CFDJ de Vitry et du Plessis Trévise.

Notre premier livre « La prison c’est dehors, malgré ses très grandes imperfections, en contient déjà l’essentiel. J’en prépare un deuxième volume, en semi solitaire, à la vitesse d’un escargot paralytique. D’ailleurs, je t’avais envoyé récemment le catalogue INSERM-CFDJ  de 1998, qui contient, à toute fin… inutile, une large bibliographie. A toi d’en extraire  passages intéressants.


Dans l’un de tes articles, Je parvenais donc à répondre avec un sourire authentique, tu écris : « Je voulais rendre » l’appétit » aux adolescents, qui ont été trop longtemps empoisonnés”. Comment t’y prenais-tu ? Peux-tu nous citer quelques exemples ?


La « pratique » s’avère plus que délicate à communiquer.

Qui donc nous prendrait au sérieux lorsque nous affirmons qu’il faut  apprendre à donner sans espoir conscient de retour ? Pour résumer  mes convictions par une phrase à l’emporte-pièce, j’ose citer l’un de nos trop nombreux slogans :

En matière de pédagogie curative : « Quand on n’a pas tout donné, on n’a encore rien donné ». Attitude très proche d’un comportement maternel  instinctif.

Se sentir hors d’atteinte des conséquences de ses propres frustrations,  nécessiterait parfois pour les éducateurs, les enseignants les psychologues et autres dresseurs de jeunes fauves… une bonne psychothérapie préalable.

Là encore, mes récentes publications dans des mensuels au service des jeunes de l’homme, soulignent la nécessité constante de dialogues significatifs, de bons exemples des parents et des éducateurs dans la vie quotidienne.  Sans trop insister sur  la nécessité d’une disponibilité affective et temporelle sans chronomètre.

La meilleure preuve d’efficacité d’un éducateur, (comme d’ailleurs pour les parents), consiste à savoir rendre sainement autonomes les enfants dont il assume l’éducation. C’est à dire  œuvrer pour sa progressive inutilité .



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